Hergé - Lot 107

Lot n° 107
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Estimation :
200000 - 220000 EUR
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Hergé - Lot 107
Hergé HERGÉ TINTIN Couverture originale du journal Tintin français n° 161 du 10 octobre 1978. Le titre est une reproduction apposée sur l'original. Signée. Encre de Chine sur papier 36 × 48,2 cm (14,17 × 18,98 in.) En 1978, Hergé boude le journal Tintin. En désaccord avec la ligne éditoriale de l'hebdomadaire, il ne lui livre plus guère de couvertures. Par ailleurs, il n'est pas pressé de donner une suite au dernier album paru, Tintin et les Picaros qui s'y est terminé deux ans plus tôt. Ce journal Tintin sans Tintin risquait donc de perdurer, lorsqu'il a appris que la SARL Cinq Pouces reprenait les rênes de l'édition française du magazine. Le rédacteur en chef pressenti, Christian Goux, déborde d'idées pour pallier cette absence. Hergé se sent dès lors enclin à agréer ses propositions, à commencer par la reprise du Lotus bleu dans sa version d'origine, mais parée de couleurs inédites. Hergé le sait : Le Lotus bleu passe pour être son chef-d'oeuvre. Lui‑même regarde avec tendresse cet épisode qui, dès 1934, avait permis à Tintin de s'humaniser, d'abandonner ses préjugés et de s'ouvrir « aux autres ». Donner aux lecteurs français l'occasion de se plonger dans un récit qu'ils n'ont pour la plupart jamais lu sous cette forme, et le leur offrir en couleur : voilà qui devrait rassasier les nostalgiques et faire taire les impatients. Le démarrage de cette publication est prévu le 6 octobre, et Hergé souhaite le marquer au moyen d'une couverture inédite. Jean-Clément Bismuth, le directeur de la publication, a compris qu'il ne déplaisait pas au dessinateur de « revisiter » quarante ans plus tard l'épisode qui s'était avéré si décisif dans sa carrière. Dès la première esquisse, jetée à l'encre de Chine, Hergé confère à l'illustration inaugurale une dimension emblématique. Au milieu, il pose verticalement le titre, en caractères chinois. À gauche, il met les « bons », les tenants du « yin », et à droite les « mauvais », les tenants du « yang ». Sur une seconde esquisse, au crayon, il précise les formes de ces personnages. D'un côté, Tintin et Milou, le jeune Tchang, le vénérable Wang Jen‑Ghié, son épouse et leur fils Wang Didi. De l'autre côté, l'affreux Mitsuhirato, son compatriote Yamato et l'officier japonais des troupes d'occupation, les odieux Gibbons et Dawson, et enfin l'ignoble Rastapopoulos. D'un côté l'enfer, de l'autre le paradis. Les deux groupes se toisent du regard. Au moment de procéder à la mise au net, Hergé s'aperçoit que les policiers Dupond et Dupont vont manquer à ce générique. Pour pouvoir les placer, il lui faut éliminer quelqu'un à droite : exit Yamato. Mais il devra se résoudre à placer un des deux policiers du côté des bons et l'autre du côté des nuisibles… Après tout, dans l'épisode précédent, les deux compères se montraient ambigus à l'égard de Tintin, et ils prolongent cette attitude dans Le Lotus bleu, passant en un tournemain du statut d'amis à celui d'ennemis, et vice versa. En revanche, l'amitié témoignée par Hergé à l'égard de Jean‑Clément Bismuth sera évidente : deux semaines après le début de la publication du Lotus bleu dans Tintin, il lui offrira ce dessin, muni d'une sympathique dédicace. Philippe Goddin Bruxelles, le 3 janvier 2015
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